39e

Guy Leboutte

Je n’ai jamais acquis de savoir pointu, ne suis jamais devenu expert de quelque chose, mais tout m’intéresse, ou à peu près. Depuis que j’essaie de penser à mon compte, vers mes 16 ans, je suis athée et sur les réalités humaines j’ai le regard de l’anthropologue. C’est étrange, mais c’est comme ça. C’est une grâce !

Selon mes bons auteurs, le mérite et la volonté n’existent pas, mais sont « le masque du désir », écrit Patrick Declerck. C’est une libération ! Alors que la propagande d’État, de l’école, des médias, nous dit que celle ou celui qui gagne, remporte le gros lot par son mérite, et que celle ou celui qui perd, c’est par sa faute, les anthropologues rigolent, et jaune.

La période est médiocre et la civilisation occidentale globalisée a commencé sa fin — ici aussi, j’ai d’excellents auteurs sur qui m’appuyer. L’injustice et l’inégalité prospèrent, et me souillent dans ce qu’il y a de plus humain en moi. C’est insupportable !

Heureusement, si la liste des raisons de désespérer de l’humanité est infinie, il y a un « mais » : la liste des raisons d’espérer n’a pas de fin non plus. Ce sont les trésors d’héroïsme au quotidien, d’abnégation, d’entraide et de joie, partout, le plus souvent chez les anonymes, et bien sûr en-dehors du « vu à la télévision ».

J’ai la rage et j’ai la joie, et je ne lâcherai pas. « Tant que mon pied fait un pas en avant, il y a un chemin », disait le poète de la république espagnole Antonio Machado sur les sentiers de l’exil… où il chantait ! – Et au bout desquels il allait mourir.