39e

Guy Leboutte

Licencié en science économique, qui n’est pas une science (ULg 1974), je n’ai jamais acquis de savoir pointu, ne suis jamais devenu expert de quelque chose, mais tout m’intéresse, ou à peu près.

Depuis que j’essaie de penser à mon compte, vers mes quinze ans, je suis athée, et sur les réalités humaines j’ai le regard de l’anthropologue. C’est étrange, mais c’est comme ça, et c’est une grâce, ou une chance, en aucun cas un mérite.

J’ai enseigné pendant trente ans à de grands ados de 16 à 20 ans, avec bonheur et dans la passion de combattre les idées reçues. S’il y en a qui ne sont pas surpris de me voir sur la liste VEGA, ce sont bien mes anciens élèves. Ils s’étonnent au contraire que je n’y fus pas plus tôt.

Et depuis 2005, à défaut d’écrire Les Lettres persanes d’aujourd’hui, je tiens le blog condrozbelge.com.

Selon mes bons auteurs, le mérite et la volonté n’existent pas, mais sont « le masque du désir », écrit Patrick Declerck. C’est une libération !

Alors que la propagande d’État, de l’école, des médias, nous dit que celle ou celui qui gagne, remporte le gros lot par son mérite, et que celle ou celui qui perd, c’est par sa faute..., les anthropologues rigolent, et ils rient jaune.

En cette période où l’injustice et l’inégalité prospèrent, je suis souillé dans ce qu’il y a de plus humain en moi. C’est insupportable.

Heureusement, si la liste des raisons de désespérer de l’humanité est infinie, la liste des raisons d’espérer n’a pas de fin non plus. Ce sont les trésors d’héroïsme au quotidien, d’abnégation, d’entraide et de joie, partout, le plus souvent chez des anonymes, et bien sûr en-dehors du « vu à la télévision ».

J’ai la rage et j’ai la joie, et je ne lâcherai pas. « Tant que mon pied fait un pas en avant, il y a un chemin », disait le poète de la République espagnole Antonio Machado.