Après le plan Canicule, l'urgence d'un plan Fournaise dans nos villes?
Nos villes pourraient-elles affronter un mercure qui frôle les 50 °C, comme au Canada? Les premières questions surgissent sur le terrain local.
- Publié le 02-07-2021 à 06h58

L'ouest canadien suffoque sous le "dôme de chaleur". Près de 500 morts en 5 jours. Et le bilan vient encore de s'alourdir avec les premiers décès dans les États américains voisins.
À 8 000 kilomètres de là, dans nos villes, ce mercure à près de 50°C préoccupe aussi certains élus. "La question ne se pose plus de savoir si nous aurons nous aussi, à Liège, à connaître de telles fournaises, mais quand cela arrivera ", affirme le conseiller communal liégeois François Schreuer (Vega), dans une question écrite adressée au bourgmestre Willy Demeyer. " Il me semble dès lors indispensable de s'y préparer activement et de façon urgente."
Face à une crise grave et immédiate, où les routes, les canalisations se mettent à fondre, on n'est pas préparé.
Il pose donc une série de questions concrètes, de la plantation intensive d'arbres à la résistance potentielle des systèmes d'alimentation en eau ou en électricité, en passant par un recours réglementé à l'air conditionné et aux refuges de chaleur.
François Schreuer, la Ville de Liège ne découvre pas l'urgence climatique. Il y a déjà eu des questions, des actions, des débats…
Il y a un travail en cours sur le plan Climat pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais je pense que la question de la résilience face à une situation grave reste largement ignorée. Il y a encore un gros travail à faire.
Les villes ont aussi un plan Canicule à activer quand ça s'impose, non?
Oui. Mais ici, on parle de vague de chaleur mortelle, de pics à 49 °C. Pas d'une canicule à 35 °C. C'est une menace beaucoup plus grave. Via le plan Canicule, je crois qu'on n'aurait pas trop de mal à entrer en contact avec les personnes les plus fragiles. Ou à ouvrir des points d'eau. Mais face à une crise grave et immédiate, où les routes, les canalisations se mettent à fondre, on n'est pas préparé.
On sait que de sales surprises vont arriver chez nous aussi. Elles n'auront peut-être pas la même tête que là-bas
Vous considérez qu'on minimise encore le changement climatique et ses effets?
C'est en train de bouger. Il y a 5 ans, on m'a ri au nez quand j'ai proposé de planter 10 000 arbres à Liège. Aujourd'hui, l'objectif est de planter 1 000 arbres par an dans l'espace public C'est modeste. Mais on ne trouve plus ça ridicule. Même si le plan Canopée ne bouge pas beaucoup. À New York, Berlin, Milan, ils ont des objectifs impressionnants.
Mais rien ne permet de certifier que ce que vit le Canada se produira forcément chez nous.
On parle tout de même de multiplication d'épisodes climatiques dysfonctionnels et extrêmes. Et de nature différente: des pluies abondantes, des inondations… Au Canada, personne ne croyait ça possible non plus. Ils étaient totalement impréparés. On sait que de sales surprises vont arriver chez nous aussi. Elles n'auront peut-être pas la même tête que là-bas.
Concrètement, en tant que conseiller communal, vous attendez quoi des autorités?
Qu'on se place dans le questionnement et la scénarisation par rapport à ce qui peut arriver. Moi, je ne suis pas armé pour anticiper ces situations. Mais c'est important d'avoir des bâtiments publics dans les quartiers prêts à servir de refuges, de lieux de distribution de nourriture. C'est important de rendre ces bâtiments plus résistants aux changements climatiques, pourquoi pas grâce à des puits canadiens pour créer de la fraîcheur (et pas seulement recourir à l'air conditionné), des pare-soleil, etc. Ça ne se fait pas en trois jours. Mais ça peut changer beaucoup de choses.