Inondation du 1er juin : la Magne sortira-t-elle à nouveau de son lit ?

Les précipitations tombées à Trooz le matin du vendredi 1er juin 2018 étaient exceptionnelles ; les conséquences également. Heureusement, pas de victimes, que des dégâts matériels. Mais un coût important, très important, pour la collectivité comme pour les sinistrés.

La Magne qui sort de son lit et dévale la Rue du Bay-Bonnet puis la Rue Noirivaux, se fracasse contre la façade du Shoe Discount puis emprunte la Rue de l’Eglise, inonde encore quelques caves et rejoint finalement la Vesdre : une fatalité ?

Elle se reproduit apparemment tous les 20 ans cette fatalité, et rien ne dit qu’on attendra encore autant d’années avant la prochaine inondation d’envergure.

Il faut tout de même se rappeler une chose : le cours de la Magne est 100% artificiel sur le territoire de Trooz ! Et son lit majeur, soit l’espace que le cours d’eau occupe en cas de montée des eaux comme ce fut le cas vendredi, est très largement urbanisé. Et cela continue, comme le montrent les 3 longs bâtiments à front de voirie situés un peu plus bas que le carrefour avec la petite Rue de Magnée qui ont été construits... il y a 3 ou 4 ans !

Les zones humides, qui occupaient autrefois le fond de la vallée, ont toutes été remblayées ou drainées. Et ça aussi, ça continue, en bien des endroits de Wallonie, il faut oser le dire, que ce soit illégalement ou sous couvert d’un permis pour de quelconques travaux privés ou publics. Non seulement la biodiversité est anéantie mais aussi la faculté de ces zones à retenir l’eau et à la restituer progressivement, comme le font... les bassins d’orage, ces retenues d’eau - généralement en béton - qu’affectionnent tant certains ingénieurs et promoteurs.

La résilience de notre environnement, cette capacité à retrouver son équilibre après une perturbation, est mise à mal ; jusqu’à présent ça tient, mais jusqu’à quand ?

Cette évolution de la vallée de la Magne est aussi le fruit de l’histoire : n’oublions pas qu’autrefois, une voie ferrée de la défunte Société Anonyme des Charbonnages du Hasard reliait la vallée de la Vesdre au site minier de Micheroux en passant par la carrière exploitée à l’époque par Cockerill, voie dont témoignent encore plusieurs bâtiments d’époque qui se distinguent par leurs bandeaux horizontaux et contrastés de briques rouges et de pierres calcaires. Puis il a fallu construire la route, bâtir des maisons pour les ouvriers de la Métallurgie...

Elle est assez discrète cette rivière : cela s’explique du fait qu’en bien des endroits, la Magne a été canalisée, repoussée à l’arrière des maisons contre le pied du versant. Ou bordée de talus de matériaux stériles d’anciennes activités d’extraction. Ou enserrée dans des murs de béton ou de parpaings, niée dans sa nature comme dans ses fonctions.

La Magne, une chipie ?

Il y a une chose que personne ne peut faire aujourd’hui, c’est s’étonner. Ce qui est arrivé vendredi était prévisible. Et en même temps, il n’y a pas à chercher de coupable tout désigné, car cette situation est le résultat d’un modèle de développement auquel adhère manifestement le plus grand nombre, mais qui n’est foncièrement pas durable. La juxtaposition de milliers d’actes localisés sans vision d’ensemble et sans préoccupation pour les conséquences à long terme conduit à une impasse, assurément. Le modèle lui-même conduit à une impasse, et il va falloir en changer.

La responsabilité du politique doit néanmoins être questionnée, car c’est à lui qu’il revient de prendre les décisions qui doivent assurer le bien-être et la sécurité des personnes et de la communauté, et ceux des générations qui nous suivront. Son action s’inscrit donc dans le long terme, ce qui nécessite de maîtriser l’aménagement et, là où c’est nécessaire, le foncier. Refuser ou amender des projets opposés à cette obligation vitale font aussi partie de ses responsabilités.

Une vision communale en matière d’aménagement du territoire est plus que jamais nécessaire. Sait-on où l’on va ? La politique en la matière se limite-t-elle à respecter les affectations du plan de secteur (zone à bâtir, zone agricole...) sans le moindre esprit critique et vision prospective ? Notre commune pourra-t-elle garder son caractère rural ailleurs que sur les versants pentus et boisés de la Vesdre ? Pourquoi, foncièrement, le PS et le MR à Trooz sont-ils favorables à la liaison autoroutière CHB qui, entre autres, balafrera le paysage et contrariera toute perspective de transition vers une mobilité durable, en dehors du suivi des mots d’ordre de leurs partis qui reposent sur des arguments – plutôt une idéologie – dont on a pu comprendre que certains étaient partisans ?

Il faut se ressaisir pour éviter les lendemains qui déchantent. Et donc s’affranchir des tutelles toxiques, analyser objectivement les enjeux et apporter les meilleures réponses à ces questions, notamment. Les électeurs se prononceront le 14 octobre et doivent aussi, d’ici là, faire part aux candidats et partis de leur intérêt pour ces questions.

Que faire pour ne pas revivre une inondation ?

Aujourd’hui, Il convient, forcément, de se tourner vers l’avenir, et voir - ensemble - ce qui peut être fait. Avec Fléron donc, en amont de Trooz, et dont les derniers espaces proches du carrefour de la clé sont en cours d’urbanisation... Encore une fois, l’échelle métropolitaine s’impose, car les eaux coulent gravitairement et n’ont que faire des limites administratives.

Dans le vallon de la Magne, à partir de l’endroit où la vallée s’élargit quelque peu et offre une perspective paysagère, deux zones seulement sont encore ouvertes et permettraient de temporiser les eaux en cas de crue.

La première, située entre la Magne et la N673 en amont du carrefour avec cette Rue de Magnée, a été totalement remblayée (et pas uniquement avec de la terre). Ce terrain d’à peu près un hectare, accueillait autrefois un bassin de décantation. Sa configuration originelle pourrait être restaurée et une digue aménagée afin de servir de "noue", avec l’avantage que ces aménagements peuvent être bien intégrés dans leur environnement, accueillir une certaine biodiversité et permettre une infiltration d’une partie des eaux dans le sol. Ce sont évidemment les services compétents de la Wallonie qui doivent se charger d’un tel projet qui ne s’improvise pas et coûtera de l’argent. Mais cet effort financier doit être vu comme un investissement qui (nous) épargnera de gros débours plus tard.

La seconde est ce pré en rive gauche de la Magne situé juste en face de la pêcherie et qui accueille des chevaux. Cet espace a malheureusement été très endommagé : remblais, coupe et mort d’une série de saules, surpâturage, berge détruite... Certaines vérités ne sont pas agréables à entendre mais il est d’autant plus légitime de les révéler que cela a des conséquences néfastes pour tout le monde. La propriété, ou la location, confère aussi des devoirs.

Et ailleurs ?

Les quelques éléments de réflexion partagés ici sont valables en bien d’autres endroits de Wallonie. Mais avant de regarder ailleurs, voyons ce qui se passe chez nous et agissons.

À Péry, à Trasenster, à Nessonvaux…, les enjeux liés à l’aménagement du territoire sont également bien présents. Nous sommes à un moment charnière : soit on garde ce qui subsiste encore, soit on le perd, définitivement.

Olivier Baltus

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