« Verts & à gauche », pour faire bouger les lignes de la politique communale.

Chère Zoé,...

Dans le cadre d’un dossier consacré au retour de la gauche radicale (septembre octobre 2013), la revue POLITIQUE a invité VEGA à « croiser le fer » avec Zoé Genot d’ECOLO. C’est Pierre Eyben qui a tenu la plume pour notre coopérative politique expliquant combien 30 ans après la création de ce parti, le pouvoir avait changé ECOLO bien davantage qu’ECOLO n’avait changé le pouvoir.

Chère Zoé,

Ce n’est pas un hasard si comme souvent lorsqu’il s’agit de débattre avec la gauche de gauche, c’est toi que l’on envoie « au front ». Tu es, ce qu’il est commun d’appeler « une figure de gauche » de ton parti. J’ai peu à dire sur les combats que tu mènes au Parlement, sinon ce regret de t’avoir vu, sous la pression de ton parti, ne pas voter « non » au Traité Constitutionnel Européen (TCE) dont on aperçoit aujourd’hui combien il a ouvert la voie à la constitutionnalisation de la doctrine ultra-libérale.

Ce dont il est question, ce qui aux yeux de nombreuses personnes de gauche justifie la nécessaire création de forces politiques à la gauche du PS et d’ECOLO, c’est bien l’orientation et la trajectoire globale des organisations politique plus que l’action de tel ou tel de leurs élus. On sait que ces organisations, passées maîtresses en communication, gèrent aujourd’hui habilement et utilement une certaine polyphonie. C’est donc à l’évolution de la doctrine et du fonctionnement d’ECOLO, ainsi qu’à l’impact de ses participations gouvernementales, qu’il convient de s’intéresser, plus de 30 ans après sa création.

Sur les pratiques, l’ancien électeur ECOLO que j’ai été il y a de cela 15 ans doit bien constater que le pouvoir a changé la nature d’ECOLO bien davantage qu’ECOLO n’a changé la nature du pouvoir. Des principes sains que s’imposaient alors ton parti comme le fait de faire de la vie politique un moment dans une vie de citoyen et pas une carrière professionnelle comme c’est majoritairement le cas pour les autres partis, ont été progressivement abandonnés. Je ne te ferai pas la liste des dérogations nombreuses, accordées aux uns et refusées aux autres. Mais comme le chantait Brassens, chez ECOLO, « on en voit qui supplantent bientôt Mathusalem dans la longévité ». Sur le mode de constitution de vos listes également, le recul démocratique est patent. Bref, ce qui est présenté comme de la « maturité » par les dirigeants actuels d’ECOLO me semble moi constituer des renoncements dommageables.

Sur la doctrine, le concept de « développement durable » qui constitue encore l’essentiel du discours ECOLO a été totalement vidé de son sens. Désormais, tout le monde fait du développement durable mais les stations d’épuration privatisées déversent leurs eaux usées, les centrales atomiques libéralisées fonctionnent, les aéroports construits avec des deniers publics acheminent dans la nuit les cargaisons de produits bios venus des colonies israéliennes, on ferme les petites gares tout en en projetant une nouvelle et somptuaire à Gosselies dans un aéroport afin d’y acheminer les vacanciers qui souhaitent aller au soleil en avion low-cost (pas pour nos impôts), on autorise un peu partout (comme à Verviers) la construction de centres commerciaux avec parkings immenses pour peu qu’ils soient munis de gadgets écologiques (toit vert,...), on crée des primes pour les voitures « vertes » tout en baissant l’offre des transports en commun par manque de moyens,... Où est la transition écologique dans tout cela ? Nous allons au-devant de catastrophes écologiques majeures (pollutions électromagnétiques, des nappes phréatiques, des sols, de l’air, perte de biodiversité sans précédent, prolifération des OGM,...) et rien ne semble indiquer que l’action d’ECOLO permette autre chose qu’un « capitalisme vert » totalement incapable de contester une logique économique hyper-productive, énergivore et polluante qui continue de croître.

Sur la doctrine encore, nous savons que c’est de l’UE que souffle le plus souvent le vent de régression qui nous condamne toutes et tous à servir le profit à court terme de quelques uns, contrarie les alternatives visant à construire une économie soutenable dans le temps et broie les conquêtes sociales et démocratiques du siècle dernier. Or, à l’exception de quelques voix contestataires, force est de constater l’attitude largement conciliante d’ECOLO et de tout le courant écologiste au niveau européen. Son porte-voix, Daniel Cohn-Bendit, a défendu le TCE, et les autres traités qui ont fait reculer la souveraineté populaire et imposent la logique ultra-libérale : le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) puis le Traité sur la Stabilité, la Coopération et la Gouvernance (TSCG), un texte qui va graver dans le marbre l’austérité et imposer à toute l’Europe un scénario à la grecque. En Belgique, ECOLO s’apprête à voter en faveur de ce texte partout où il est au gouvernement.

Au-delà des proximités que l’on peut avoir sur certains dossiers, c’est pour toutes ces raisons que des initiatives comme VEGA (Verts et à Gauche) voient le jour et verront le jour, parce que nous sommes de plus en plus nombreux à constater qu’ECOLO, comme le PS avant lui, s’est fait manger par l’exercice du pouvoir, qu’enfermé de surcroît dans sa stratégie centriste du « pivot » il gouverne désormais assez indifféremment avec la gauche ou la droite et accepte de fait la marche du monde actuel. Les inégalités sociales se creusent, la catastrophe écologique se précise, la démocratie recule. On a besoin de formations politiques qui ramènent la gauche à ses valeurs et l’écologie à sa nécessaire radicalité dans la situation d’urgence que nous connaissons.

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